Gonzo Highway, de Hunter S Thompson, la critique
6/9/2008
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| Hard Gay, la critique..

Cela faisait un paquet de temps que je n'avais pas pondu une critique de bouquin, et pour cause: je lisais Gonzo Highway, qui est un délectable pavé. En plus de ça, j'ai toujours ma nouvelle pièce de théâtre à terminer, un scénario et je me suis abonné à Marianne, qui est un copieux hebdomadaire. J'ai donc pris mon temps pour savourer ce bouquin, et je n'en ai aucun regret.
Quand je l'ai acheté, sur Internet, je ne savais pas vraiment ce que c'était. J'avais vu le film "Las Vegas Parano" et adoré, donc j'avais lu "Las Vegas Parano" et adoré, ça m'a semblé une phase de test convainquante autour du nom de Thompson pour acheter à l'aveugle ce bouquin post mortem; d'ailleurs on pourrait facilement l'assimiler à une autopsie.
Et je ne suis déçu que d'une seule chose, après avoir terminé ce bouquin, c'est que cet enfoiré soit mort.
J'ai pourtant été surpris en l'ouvrant pour la première fois. Je m'attendais à un roman qui clôturerait ma grande série des fous furieux provocateurs anglophones, hé bien que dalle! Ce livre est en fait une compilation de la correspondance de Thompson de 1955 à 1975. Mais j'ai vite compris que ça ne faisait pas une grande différence parce que Thompson est un véritable personnage, un improbable personnage qui ne cesse de confondre réalité et fiction, peut-être à cause d'un excès de drogue, à moins que ce ne soit l'inverse. Et c'est d'ailleurs ça, le gonzo (avant que ça ne devienne un "genre cinématographique porno, dont je ne parlerai pas ici...), le nouveau journalisme inventé et porté par Thompson, un journalisme entre fiction et réalité, un journalisme subjectif, et une littérature qui en est aussi, forcément, contaminée. On découvre ainsi que Las Vegas Parano est une fiction réelle. Gné? Une quoi? Tu te fous de moi là ? Là aussi je m'explique: aussi invraisemblable que puisse paraitre cette histoire de dingue, il y a une forte part de réalité. Oui Thompson se fait passer pour Duke. Oui il a vraiment été assister au Mint 4000, la course de motos. Oui il a vraiment assisté à la conférence sur les drogues. Oui il était accompagné de son ami avocat. Oui Las Vegas ressemblait vraiment à ça. Non il n'était pas défoncé du début à la fin, mais il connait bien toutes les drogues dont il parle et s'il ne les a pas consommé là -bas, il les a consommé ailleurs. Cela rend son roman à moitié vrai et pour l'autre moitié très crédible.
[Après cette courte interruption, je reprends mon article. Pour info, ceux qui ont un peu suivi mes articles savent que j'ai une luxation/fêlure de la mâchoire et contre la douleur, la stomato m'avait donné du Tetrazepam. J'ai terminé la boite et donc maintenant je dois faire ça à ce qu'on appelle le "sevrage". Ben oui ce médoc est plutôt violent, provoque une dépendance et quand on arrête "brutalement"... Bah on s'en prend plein la tronche! Je m'y attendais pas, surtout de la part d'un "médicament", censé soigner et pas rendre malade, mais soit! Passons!]
On découvre donc à travers ce bouquin la réalité du personnage Thompson. Et c'est pas triste!!! Mais ça c'est le plus divertissant, ce qui est, à mon sens, le plus intéressant dans ce bouquin, c'est l'Amérique qui y est dépeinte, l'Amérique qui a généré un personnage comme lui, qui a généré les Hell's Angels, qui a généré les Hippies...
L'anti-américanisme est une connerie, au même titre que l'antisémitisme ou le racisme. On ne peut pas mettre tout le monde dans le même sac. Il y a Georges Bush et Michaël Moore. Evidemment, la plupart du temps on dit "les américains" par raccourci, pour désigner Bush et ceux qui le soutiennent, tout en faisant, intérieurement, la nuance. Moi aussi ça doit m'arriver, mais il faut faire attention. Et là , dans ce bouquin, on voit justement une Amérique qui n'est absolument pas monolithique. La lecture de ce livre par un français relativement vierge de culture américaine est aussi intéressante. Tout au long du livre je n'ai pas arrêté de me dire "Nom de Dieu! Mais il ne se fait jamais attaqué en justice ce mec????" et à la fin on nous explique tout de même que si, et régulièrement encore. Et on respire...
Parce que Thompson écrit à tout le monde, vraiment tout le monde! Ca passe des hommes politiques (Carter, Nixon, des sénateurs, gouverneurs, conseillers...) à son dentiste, en passant par ses amis et ses employeurs. Cela permet de découvrir un peu tout le monde et... le rapport que Thompson entretient avec chacun d'eux. Et ce rapport est généralement un rapport de force. Thompson est vulgaire (bien plus que moi, c'est dire...), agressif, parano... Mais il s'en justifie auprès d'une vieille dame qui se dit choquée par son style:
"Vous avez vécu assez longtemps pour savoir que les mots ne sont que des outils pour celui qui écrit, et quand j'écris sur Richard Nixon, j'utilise tous les outils à ma disposition pour que les gens comme vous se demandent pourquoi il a bénéficié d'un raz de marée électoral en 1972. Mon idée première, chaque fois que je m'apprête à écrire, est d'obtenir l'attention de gens comme vous, de faire en sorte que vous réfléchissiez - et la lettre que vous avez envoyé à Obey pour suspendre votre abonnement me fait dire qu'avec vous, j'ai réussi mon coup.
Si vous lisez l'article joint ('The Scum Also Rises') avec un tant soi peu d'esprit, vous constaterez que ce que vous prenez pour de la 'vulgarité' n'est qu'un accessoire pour vous amener à tendre l'oreille..."
Je rajouterai également, pour couper l'herbe sous le pied de ceux qui me jugeraient vulgaire, que le terme vulgaire est issu du latin "vulgus" qui signifait "le peuple", le "petit peuple". Je suis issu et j'appartiens toujours à ce petit peuple, et je le revendique parce que je l'aime ce petit peuple. J'ai bossé 9 mois dans un centre social, j'ai été au contact en permanence d'un peuple encore plus "petit" que le mien, et j'espère bien ressigné d'ici peu, parce que j'y ai pris beaucoup de plaisir (pas toujours certes mais c'est tout de même agréable pour le peu qu'on ne soit pas "précieux" et qu'on soit un minimum altruiste. Mon objectif est d'être lu par ce petit peuple, comme vous le voyez je connais le latin (un peu), j'ai fait des études littéraires et je pourrais utiliser un langage châtié, mais mon objectif n'est pas de rentrer à l'Académie française, mon objectif est de rester proche de mes racines et si possible de les élever grâce à ce langage hybride. Un texte tellement français qu'il en est incompréhensible a le droit d'exister, mais moi je préfère créer des ponts virtuels, un peu comme les arc-en-ciel (hé oui ça vient de là , entre autres...) pour tenter de relier élites et petit peuple. Si un jour j'abandonne ce langage, ce sera que j'aurai renié mes racines. Tous ces arguments en plus de ceux de Thompson, bien évidemment.

Voilà donc pour l'intérêt: la découverte du Gonzo (je me demande si le magazine Marianne n'est pas un descendant direct de ce style d'ailleurs), la découverte d'un personnage emblêmatique des Etats-Unis et la découverte des Etats-Unis durant une longue période à travers le regard aiguisé de ce type souvent qualifié de génie.
Personnellement, je ne sais pas si Thompson était génial. En tant qu'écrivain il était très bon, mais n'a pas énormément écrit de romans et a tout de même essuyé pas mal d'échecs. Sa correspondance est terrible, Las Vegas Parano délectable mais de là à en faire un génie... Niveau invention, il n'est pas bon. La preuve c'est qu'il n'invente jamais, il déforme mais n'écrit jamais de fiction. C'était un personnage qui écrivait son histoire. En ce sens on peut trouver la démarche intéressante mais je ne suis pas sûr qu'elle ait été mûrement réfléchie. Thompson est une curiosité littéraire.
Au delà de ça, Thompson reste malgré tout humain, avec ses qualités et ses défauts. Il est agressif et contre la guerre du Vietnam. Drogué, alcoolique et membre de la NRA (le lobby qui soutient que chaque citoyen américain devrait avoir au moins une arme). C'est un provocateur qui cultive les ambiguités et qui a fini... par se tirer une balle dans la tête! Ses vices ont fini par l'achever, à un âge pourtant respectable. En le lisant, j'aurais juré qu'il n'aurait jamais passé le cap de la cinquantaine. Hé bien si!
Moi qui adore les marginaux, les provocateurs et les écrivains prolos, j'ai été servi!

On pourrait facilement écrire une thèse sur ce bouquin et sur ce personnage. D'ailleurs le livre est agrémenté de commentaires qu'il ne faut surtout pas sauter si on ne veut pas passer totalement à côté du bouquin. Des gens qui l'ont cotoyé donnent leurs avis et leurs pistes de lecture. Moi je pense que je vais m'arrêter là en vous conseillant farouchement ce bouquin histoire de ne pas mourir idiot. Il est jouissif et instructif pour le peu qu'on s'intéresse aux Etats-Unis et aux marginaux, et qu'on supporte l'omniprésente vulgarité bien sûr:
"Mon cher Tom,
Espèce d'ordure. Je viens juste de recevoir ta lettre du 25 février envoyée du grand hôtel à Rome, sale porcif! Alors ******, comme ça tu fais le mariole..."
Une page prise au hasard, juste à titre d'exemple...

A suivre niveau littéraire: La Recluse d'Odette Laplaze-Estorgues. Pas du tout le même style: l'histoire aussi badante que possible d'une fille soupçonnée d'avoir couché avec un allemand et donc tondue foutue à poil humiliée à la libération, tout ça dans un langage totalement contraire à celui de Thompson, quelqu'un qui veut rentrer à l'Académie, quoi...
Ensuite un peu plus Rock'n roll, je me suis commandé Les Bonbons chinois de Mian Mian et deux autres bouquins de Welsh, mon chouchou: Une Ordure et Recettes intimes de grands chefs.
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