L'Etranger, d'Albert Camus, la critique
12/2/2009

Ca va pas être facile pour moi de faire ma critique. Non parce que le sujet est difficile mais parce que je suis dans un état... bizarre. Depuis que j'ai commencé à bosser, je viens d'étrenner mon premier arrêt maladie (et je le précise parce que j'arrive quand même à culpabiliser d'être chez moi pendant que les collègues bossent). Et je sais pas trop ce que j'ai. Le médecin est pas très sûr non plus. Gros coup de fatigue? Dépression? Déprime? Problème plus sérieux? Bref, je suis complètement crevé, j'ai le coeur qui bat la chamade mais je m'en vais critiquer du Camus quand même!J'en avais pas lu depuis la fac de lettres. C'était l'Exil et le Royaume. J'avais pas mal aimé, mais sans plus. Par contre, en terminale, j'avais eu droit à La Chute, et là j'avais beaucoup aimé. Vraiment.Là, autant le dire tout de suite, on est plus du côté de La Chute que de L'Exil. C'est peut-être parce que c'est également un roman. C'est même fort possible, mais j'aime bien aussi les nouvelles. Soit!Que nous raconte Camus? Il nous raconte l'histoire d'un homme, un Pied noir, vivant en Algérie à l'époque où elle était française, et qui se retrouve condamné à mort, presque accidentellement. Presque accidentellement, parce que c'est la sensation qu'on en a en lisant ce bouquin. Le narrateur est ce Pied noir et il nous raconte avec une froideur terrifiante son histoire. C'est cette froideur qui fait de lui un étranger, et c'est cette froideur qui le condamne à mort. On ne le condamne pas parce qu'il a tué un arabe. On ne le condamne clairement pas pour ce qu'il a fait ou pas, mais pour sa froideur, incompréhensible. Cet homme est un étranger. Il est Français, jugé par un tribunal français, mais c'est un étranger. Il a bel et bien commis un meurtre, et il nous l'explique très bien dans sa narration; mais le véritable coupable n'est autre que ce satané soleil. Toute une thématique pour Camus, le soleil algérien... C'est à la fois une bénédiction et une malédiction. Une bénédiction parce qu'il est agréable de se baigner, il est agréable de voir le ciel bleu, il est agréable de voir les femmes partiellement dénudées... Une malédiction parce qu'il frappe fort et qu'il fait mal, une malédiction parce qu'il exerce une influence terrible sur les esprits, une malédiction parce que si Meursault (le narrateur) avait été jugé à 20h plutôt qu'à 17h, il aurait peut-être écopé d'une peine réduite, une malédiction parce que si le soleil n'avait pas tapé aussi fort sur son front, il n'aurait pas été aveuglé et affaibli et il n'aurait peut-être pas ouvert le feu, face à cet homme qui ne lui avait rien fait... Meursault est un étranger parce que lorsqu'il explique cela au tribunal, le public rit à gorges déployées... Comment peut-on comprendre ça? A-t-on jamais vu ce genre de chose? Un meurtre dont le responsable serait le soleil...
Evidemment, ce n'est pas le seul thème du livre. C'est aussi, peut-être même surtout, un livre sur l'existence, comme pour La Nausée de Sartre ou Fight club de Palahniuk. L'Etranger est court et pourtant il soulève énormément de questions, existentielles donc. C'est pour ça que j'aime bien Camus. Non seulement il écrit très bien (bien mieux que Sartre), non seulement il écrit simplement sans se prendre la tête avec des tournures et un lexique compliqués, mais en plus ses textes sont d'une grande richesse, et ça je crois que c'est LA preuve d'un grand talent. Quand, avec peu de mots généralement simples, on arrive à ébranler l'absolu, à suggérer l'infini.
Ce que je lui reproche -mais peut-on vraiment lui reprocher ça?- c'est son pessimisme. Qu'est-ce que c'est chiant de s'entendre dire ainsi que la vie n'a aucun sens... D'un autre côté, c'est la vérité. Peut-être... C'est une théorie tout du moins. C'est à prendre en considération. Et puis justement ça soulève le rapport à la vérité... Merde! C'est quoi cette foutue vérité? Et pourtant, en comparaison avec La Chute, L'Etranger est très optimiste!
Mon point de vue à moi c'est qu'on s'en fout de la vérité! Les Grecs se sont créé des dieux pour pallier leurs lacunes et c'était très bien comme ça. Par la suite on a eu droit à un dieu qui ne souffrait aucune contestation. Je suis la vérité parce que c'est comme ça et si tu t'avises ne serait-ce que de penser le contraire tu vas voir comment tu vas morfler pour toute l'éternité infinie qu'elle est tellement longue que jamais je finirai ma phrase pour te montrer à quel point ça peut être long, chiant et lourd, l'éternité petit mécréant! Non mais sérieux: si un jour on la connait la vérité, c'est bien, mais d'un autre côté ça sera la fin de l'Histoire, notre vie n'aura plus, là, pour le coup, aucun sens. Soit ce dieu fortement miséricordieux mais quand même un ptit peu sadique sur les bords EST la vérité, dans ce cas là, si on n'en a la preuve formelle et irréfutable ça sera un beau merdier pendant quelques temps et après hop là tous dans le rang. Soit il n'y a rien de chez rien et dans ce cas là je te raconte pas l'envolée des actions de la Team Prozac! Enfin vlà quoi! Moi j'aime bien Athéna, je suis pas contre Aphrodite, je suis l'ennemi de Hermès et je me méfie d'Artémis! Après chacun son truc!
Et pour conclure parce qu'il faut bien que j'aille m'effondrer à un moment ou à un autre dans mon doux lit que j'ai squatté presque toute la journée, je dirai que L'Etranger est un excellent bouquin que tout un chacun devrait lire histoire de pas mourir con et inutilement. En plus il est court et écrit gros. Pas d'images en revanche, hormis sur la couverture... Désolé!
Tags : etranger camus critique livre condamne a mort litterature francaise algerie
Catégorie : Littérature générale
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