Lady Pirate, de Mireille Calmel
17/11/2009

Hé ben je me suis bien marré!
On peut dire tout ce qu'on voudra, Lady Pirate est vraiment un excellent bouquin! C'est juste dommage qu'il ne soit précisé nulle part qu'il s'agit d'une parodie... Parce que bon moi j'ai commencé le bouquin en le prenant au premier degré. Je m'attendais à lire un roman historique, quelque chose qui ressemble à L'Île au trésor de Stevenson, mais au bout de quelques pages, j'ai quand même compris que non: c'est bien une parodie. Madame Calmel se moque avec ses lecteurs justement des romans historiques, des histoires de pirates, tout ça, tout ça...
C'est tout de même dommage de ne pas l'avoir précisé parce que le lecteur non averti peut penser que le livre est involontairement mauvais, que c'est du foutage de gueule, mais je dois avouer que c'est tout de même assez évident...
Dès le départ ça sonne faux. Les personnages essaient de parler comme on parlait au XVIIème siècle mais on n'y croit pas une seconde. Si on enlève les dates et les autres marqueurs temporels (rois, guerres, personnages célèbres) on pourrait aussi bien penser que ça se passe au XIXème siècle. Le narrateur parle même à un moment de "dépression", terme et concept qui ne fait son apparition qu'à la fin du XIXème siècle. Au niveau de la psychologie des personnages, le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle est totalement anachronique. Je n'ai cessé de penser à l'oeuvre de Crébillon, Les Egarements du coeur et de l'esprit, tout en lisant Lady Pirate et j'ai trouvé le contraste franchement amusant.
Après les cent premières pages, j'avais trouvé que ce livre faisait penser à un film de cul en costumes... sans cul. Et c'est vrai que c'est tout aussi crédible et respectueux de la réalité historique. On est bien dans une grosse caricature. Mais je me plantais. Parce que du cul, ça n'en manque pas! Je dirais même qu'il y en a au moins autant que dans un bon vieux film de cul. Evidemment, c'est suggéré, c'est pas du Bukowski non plus mais le personnage d'Emma par exemple sort tout droit de ce genre cinématographique dont elle emprunte toutes les techniques. C'est jouissif de se l'imaginer passer son doigt sur son décoletté tout en regardant son interlocuteur avec un visage lascif à souhait... (et je n'invente rien: c'est exactement ce qu'elle fait pratiquement à chaque fois qu'elle croise un mâle!).
Quel regard rafraichissant sur ce siècle rempli de tabous et de ferveur religieuse de voir des personnages se foutre totalement de Dieu, de la bienséance, des convenances... Quand je pense à Crébillon et à ses personnages qui sont obligés de passer par des détours, des sous-entendus pas possibles, des métaphores alambiquées pour éviter de brusquer, choquer, scandaliser... Hé ben non. Dans le XVIIème siècle de madame Calmel c'est encore plus simple qu'à notre bon XXIème siècle à nous: "- On baise? - D'accord!". On sent bien que Simone de Beauvoir, le féminisme, la théorie de l'évolution et l'émergence de la pornographie sont passés par là! C'est simplement énorme.
Et pourtant, Lady Pirate est quand même rempli de clichés pas possibles. J'ai failli m'étouffer quand le corsaire Forbin raconte à notre héroïne qu'il s'est évadé avec Jean Bart d'une prison anglaise grâce à... une lime qu'on leur a fait parvenir évidemment! Quand je pense au scénariste de Prison break qui s'est cassé le cul à inventer des techniques pas possibles pour que ses personnages s'évadent, je me dis qu'il est quand même bien con... Il suffit de lire Lucky Luke pour se rendre compte qu'une bonne vieille lime amenée là dans une miche de pain, y a rien de tel!
Que dire également des innombrables incohérences? La petite Mary qui apprend le français en quelques mois ou quelques années, sans avoir jamais été au pays et qui le parle et l'écrit couramment! Quand je pense qu'après une quinzaine d'années à apprendre l'anglais, une langue pourtant plus simple, je suis toujours incapable de le lire et de l'écrire couramment, je me dis qu'au XVIIème siècle, l'éducation était tout de même vachement plus performante qu'aujourd'hui! Ou alors c'est juste moi qui suis trop con, c'est pas impossible non plus... Mais j'ai également pouffé de rire quand j'ai lu le passage où Mary est réveillée par Forbin après que celui-ci ait attaqué, à moitié détruit et massacré l'équipage du bateau anglais dans lequel elle était. J'admire les gens qui sont capables de dormir au beau milieu d'une bataille navale: les canons, les explosions, les coups de feu, les hurlements... Hé ben non! Quand Mary Read dort, rien ne peut la réveiller! J'adore également la profonde connerie de "l'homme en noir" qui finit par trouver où se cachent Mary et sa mère, qui ne trouve pourtant que la mère, qui la tue et... qui se barre. Il ne lui est pas venu à l'idée que la fille allait forcément revenir à un moment où à un autre et qu'en se planquant tranquillement dans un coin il pourrait se la choper aussi... Trop troublé par le comportement de Cecily sans doute... Enfin bref! Ca enchaine bien!
Néanmoins, passées les deux cent premières pages, ça se calme. Je n'ai plus relevé d'incohérences, de gros clichés et donc le livre devient beaucoup moins intéressant. On est juste dans un récit rocambolesque avec juste quelques petites pointes d'humour distillées par le personnage d'Emma de temps à autres. Ca ressemble à Candide, l'histoire d'une petite malheureuse qui se retrouve sans arrêt dans des situations improbables et qui s'en sort toujours miraculeusement. Sauf que Mary n'est pas malheureuse. C'est une abrutie qui ne se prend jamais la tête et qui fonce.
Par contre, sur les cent dernières pages, j'ai du passer un sacré paquets de paragraphes complets. Parce que bon, ils vécurent heureux et eurent deux enfants, en une phrase déjà ça me consterne mais quand c'est étalé sur plusieurs chapitres... Remarque c'est une belle façon de préparer le meurtre de l'autre, là (un énième beau mâle, oui parce que tout le monde est incroyablement beau dans ce livre, c'est pour ça qu'ils passent leur temps à baiser les uns avec les autres!) parce que franchement... quel soulagement quand il crève ce fumier! C'est bien fait pour lui, bien fait pour l'abrutie et au moins ça réssucite le roman (enfin, si on veut...) dans lequel il va enfin pouvoir se repasser quelque chose. Sauf que c'est la fin du premier tome et je ne lirai pas le tome deux...
Pour conclure, je dirais que c'est vachement bien joué de la part de madame Calmel qui a pu se sortir d'une situation financière délicate grâce à ses bouquins (je l'en félicite et m'en réjouis). Déjà elle a compris que la large majorité des lecteurs sont des lectrices, donc ses personnages principaux sont forcément des femmes auxquelles son lectorat va pouvoir s'identifier. Bien évidemment ce sont des personnages plus que modernes, des femmes libérées, c'est-à-dire des hommes sans poil, et donc LES personnages qui font fantasmer ses lectrices, LES personnages que ces demoiselles aimeraient toutes être. Elle a également compris qu'il n'était pas nécessaire de se prendre la tête sur la crédibilité de ses récits, leur vraissemblance, leur cohérence: avec des personnages pareils, beaucoup de cul, plein de tragédies et d'aventure, ça passe tout seul!
Aucune chance donc de marquer l'histoire littéraire, d'être considérée comme un grand écrivain ou une grande intellectuelle mais je suppose que ça n'a jamais été son ambition. Gagner plein de pognon en divertissant ses lectrices, ça lui suffit largement et elle a bien raison!
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Catégorie :
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